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[Brest] Ivres, ils inaugurent un monument impérialiste russe célébrant la boucherie de 14-18

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Une symbolique douteuse saupoudrée d’oubli historique, des financements publics flous et un maire qui joue aux apprentis sorciers des relations internationales : que se passe-t-il derrière l’inauguration de la stèle russe au square Charles de Gaulle ?

« En commémoration du centenaire du débarquement à Brest de la 3è brigade spéciale du corps expéditionnaire russe qui combattit héroïquement sur le sol français lors de la première guerre mondiale »

C’est le message qui apparaît sur la stèle de commémoration aux soldats russes débarqués en 1916, au pied de l’aigle impérial russe. Voilà comment l’ambassade russe, avec la complicité de la mairie de Brest et des journalistes, réécrit tout un pan de l’histoire en oubliant volontairement ce qu’il s’est passé…

Des hommes contre des fusils

Non, ces hommes ne se sont pas simplement héroïquement battus, ils ont été vendus à la France par le Tsar Nicolas II contre des fusils, un fait historique aujourd’hui largement connu mais qui n’apparaît pas sur cette stèle. Même si les médias ayant relayés son inauguration y font référence, c’est avec une forme de relativisme historique. Le fait peut nous apparaître lointain, comme encore acceptable en 1916, en temps de guerre, mais il n’était pas plus acceptable à l’époque. Tous ces soldats ont été vendus à la France à leur insu, n’apprenant l’existence de cet arrangement qu’une fois sur le sol français, par la rumeur...

Des mutins qui refusent de combattre

Après de durs combats où ils sont envoyés au massacre pour des gains minimes, comme nombre d’autres soldats, ils apprennent courant mars 1917 la révolution russe en cours. Ils forment des comités élus de soldats, chassent leurs officiers, refusent de retourner au combat servir de chair à canon et demandent leur rapatriement. Alors qu’au même moment des mouvements de rébellion ont lieu chez les soldats français, l’État major, craignant une contagion des révoltes, les envoie dans la Creuse, au camp de La Courtine. Là, pendant 3 mois, 12 000 hommes tiendront tête aux injonctions et menaces du commandement militaire, tant français que russe, qui les assiégerons d’abord puis donnerons l’assaut avec le renfort de l’artillerie russe. Tuant officiellement 12 soldats ou une centaine selon les sources non officielles … Les survivants qui se sont rendus ne pourront regagner la Russie qu’à la fin de l’année 1919.

Un symbole patriotique, nationaliste et guerrier

Comme la majorité des monuments « commémorant » la guerre, cette sculpture est un symbole patriotique et nationaliste, qui, sous prétexte de rendre hommage aux victimes de la guerre, s’approprie leur mort, non content de leur avoir déjà ôté la vie. L’aigle impérial russe, symbole du Tsar auquel ces soldats se sont opposés, est une référence à une guerre à laquelle ils ont refusé de participer. Il n’est fait aucune mention de leur révolte, ni des bannières « En avant pour la paix du monde entier » qu’ils ont porté. Construire cette stèle n’est pas leur rendre hommage, c’est au contraire faire perdurer ce contre quoi ils se sont battus.

Une commémoration qui cache les enjeux politiques actuels

Il y a de quoi s’interroger sur la construction de ce monument à Brest. En effet, ces soldats russes n’ont fait que passer dans la cité du Ponant, étonnant donc qu’un monument à leur mémoire s’érige ici. Il y aurait eu plus de sens à l’ériger près du camp de La Courtine, lieu où a été inaugurée une stèle bien plus intelligente arborant le message « À bas la guerre ! » ou encore dans la Marne, où ont péris plusieurs milliers de soldats russes.

Sans doute l’explication se trouve plus dans les enjeux politiques et économiques actuels que dans l’histoire... La venue des bateaux russes pour les fêtes maritimes étant un enjeu important, tout porte à croire que la mairie a sans doute voulu caresser les Russes dans le sens du poil et accepter leur demande de peur de voir les gréements russes boycotter les fêtes maritimes, entraînant une importante baisse de fréquentation.

L’interview de François Cuillandre sur Tébéo va dans ce sens, le maire de Brest y déclare : « je ne porte pas de jugement sur cette affaire  ». « Cette affaire » c’est les interventions en Ukraine et en Syrie … Le maire de Brest botte donc en touche les questions qui fâchent pour parler de « solidarité maritime »

Des « relations compliquées » avec les Russes avoue F. Cuillandre lors de cette interview, mais aussi peut être « l’occasion de mettre les choses à plat ». En clair, Cuillandre et "ses collègues agriculteurs" (il s’agit de la bande de "casseurs" de la JA29 et de la FDSEA, ceux-là même qui ont impunément détruit du matériel public pour plus de 5 millions d’euros cet hiver, dont il reste encore les déchets d’amiante à traiter sur les bords de la RN12) espèrent par cette opération briser l’embargo russe sur les produits agro-alimentaires, qui quelques minutes plus tard n’est plus qu’une question de « solidarité maritime ».

Bref, tout cela participe de la stratégie du patronat breton, via l’Institut Locarn (pour lequel la Région, Le Drian donc, donne 500 000 euros chaque année de subvention), consistant à solliciter la dérégulation, la libéralisation et son cortège de précariat et de nuisances environnementales dans le monde agricole en Bretagne. Institut Locarn, "Produit en Bretagne" pour qui "le problème de la Bretagne, c’est la France", il faut donc "libérer les énergies entrepreneuriales" en se rapprochant de pays comme la Russie (le cochon, le gaz, les fêtes nautiques...) et la Chine (le lait en poudre, l’import/export pour la CCI port de Brest...).

Le maire de Brest s’amuserait-il donc sans en avoir l’air au petit jeu des relations diplomatiques internationales ? Mais au nom de qui et à quel prix ?

Mais qui paie tout ça ?

Les fonds publics bien sûr ! La ville de Brest a commandé des travaux pour l’implantation de cette stèle [1]. La sculpture en elle-même étant offerte par la Russie, mais pas le socle en granit noir sur laquelle elle repose, ni ses fondations en béton : entre le socle, les transports, le travail de terrassement, le béton des fondations, il y en aurait pour environ 50 000 euros...

Cet argent sera directement prélevé sur le budget du service Culture/ Animation, c’est à dire le budget de subvention des associations, des expositions, le culturel, etc...! Une dépense qui n’en doutons pas aura un goût d’amertume dans ce service et parmi les associations brestoises culturelles et d’éducation populaire, victimes des baisses de subventions budgétaire de l’Etat…

Pour en savoir plus sur l’histoire des soldats russes envoyés en France :
- http://lacourtine1917.org/

- Télécharger le documentaire « 20.000 moujiks sans importance » (réalisé par Patrick Le Gall 1999)

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