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Quand la mairie offre l’Avenir aux promoteurs immobiliers

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Il y a quelques jours, il a été annoncé lors d’une réunion publique la construction d’un immeuble de 31 logements tournant dos à la place Guérin, en lieu et place de l’ancienne salle de quartier « Avenir ».

Le projet est loin de faire l’unanimité dans le quartier : des collectifs se créent et la lutte commence à s’organiser. L’occasion ici de revenir sur l’histoire de l’Avenir, une salle au coeur d’un quartier populaire.

Un siècle d’histoire

L’histoire de l’« Avenir » [1] remonte quasiment à l’origine de la construction de la place Guérin ; c’est en 1898 qu’est créé le patronage Saint Martin, à son origine il organisait des promenades surveillées pour les enfants, une dizaine d’années plus tard il crée sa section sportive de gymnastique « l’Avenir de Brest » et en 1915 se créent successivement une troupe de théâtre, un cercle d’étude et une équipe de foot.

Dans les années 20 s’ajoute à ces activités une section de préparation militaire et le patronage ouvre une colonie de vacances à Trézien. La Seconde Guerre mondiale fait beaucoup de mal au développement de l’Avenir : en plus des sociétaires disparus ou prisonniers et des restrictions imposées par la guerre, un nombre important de ses membres s’est engagé dans la résistance aux côtés du groupe Elie. L’histoire de ce groupe se terminera tragiquement le 10 décembre 1941 par la déportation d’une vingtaine de ses membres et la condamnation à mort de onze d’entre eux, emportant ainsi de nombreux membres du patronage.

Dans les années 40, après la formation des martinettis, un groupe de gymnastes ayant marqué l’histoire du patronage, les années 50 et 60 voient l’apogée des gymnastes de l’Avenir qui remportent les championnats départementaux 11 fois de suite. En 1961 une nouvelle salle de gym est aménagée dans le patronage des filles, rue Danton. Filles et garçons évoluent dorénavant en mixité dans une seule et même salle. Un an plus tard, un foyer d’adolescents est ouvert dans les locaux de l’Avenir.

A la fin des années 60 on assiste à une baisse de fréquentation du lieu : en 1964 la colonie de vacance de Trézien disparaît, puis le cinéma se vide peu à peu. Alors que la salle de gym rue Danton est mise en vente par l’Évêché, la section masculine disparaît et les filles doivent s’entraîner dans le hall de l’Avenir. Mais dès le début des années 70 l’Avenir obtient la possibilité d’utiliser l’office des sports pour l’entraînement des gymnastes, la fréquentation du club augmente.

La situation de l’Avenir devient alors inadaptée aux besoins du patronage et les dirigeants tentent d’en faire un cinéma d’art et d’essai. Mais c’est au début des années 80 que l’Avenir va trouver un nouveau souffle : les rénovations successives permettent à celles et ceux qui en ont besoin, les membres du club comme les associations, d’utiliser la salle pour des réunions, projections, spectacles…

L’Avenir fourmille alors d’activités : les scouts, le comité des fêtes de la place Guérin, les troupes de théâtres, de nombreuses associations organisent des concerts, des projections, représentations théâtrales … Une décennie d’activités où, sous un toit appartenant au diocèse, se succèdent projections de films militants, repas de quartier, pièces de théâtre ou des « soirées rock endiablées ».

Malheureusement à la fin des années 90, le diocèse décide de faire cesser toute activité excepté le tir à la carabine et les cours de théâtre pour enfants de la compagnie Morosoff. Les activités des associations cessent peu à peu jusqu’à ce qu’en 2002, les locaux soient vendus à la C.U.B (Communauté Urbaine de Brest, l’équivalent de ce qui est aujourd’hui Brest Métropole).

La lutte autour de l’Avenir

En 2002 les locaux de l’Avenir appartiennent dorénavant au domaine public, redonnant ainsi l’espoir aux associations du quartier de voir redémarrer la vie de la salle de l’Avenir. Elles se tournèrent vers la mairie qui, en retour, ne parla que de vagues projets urbains, comme une rue piétonne ou de la dangerosité de l’endroit.

À partir de 2004 une vingtaine d’associations du quartier s’organisent au sein du collectif « Quel Avenir ? » pour tenter d’assurer un « avenir à la salle de l’Avenir » : des réunion publiques et repas de quartier ont lieu, un défilé de la Jeunesse Athlétique Guérinoise et une représentation de théâtre de la troupe des piqueteros sont organisés lors d’une inauguration symbolique de la salle de l’Avenir.

Les associations tentent, en vain, de discuter d’une rénovation à moindre coût de la salle avec la mairie, lui ayant même envoyé un cahier des charges très précis. Mais la mobilisation fait assez de bruit pour alerter la mairie qui, en 2005, missionne une entreprise privée, le cabinet Minighetti Programmation pour « réaliser une étude afin de mieux connaître le tissu associatif du quartier et d’en préciser les besoins ».

Certaines associations refusent de participer à cette étude, car le questionnaire qui leur est remis affiche clairement sa mission : « Construction d’un équipement de quartier après destruction d’un bâtiment ». Le questionnaire invite notamment les associations à préciser leurs besoins « dans l’hypothèse où la ville développerait de nouveaux locaux ».

Malgré ces refus le cabinet rend les conclusions de son enquête le 23 juin 2005 : il est nécessaire de rénover la salle de l’Avenir pour pouvoir y accueillir l’activité des associations du quartier. C’est suite à cette enquête que la mairie de Brest fera la promesse, réitérée à plusieurs reprises, de rénover la salle de l’Avenir afin d’y reloger les activités des associations du quartier.

Alain Masson, à l’époque premier adjoint au maire chargé du centre ville, citait dans le Ouest-France du 8 septembre 2007 : « Quant à la salle de l’Avenir, le dossier était en stand by mais on va le reprendre d’ici à la fin de l’année. Les locaux seront refaits et serviront de salle de quartier ».

En 2011 dans le Finistère-Hebdo, Alain Masson (adjoint au maire et vice-président de BMO, chargé du développement durable) affirmait encore que l’aménagement de la place Guérin se ferait « en bonne entente avec les différentes associations du quartier, notamment pour ce qui est de la salle de l’Avenir ».

Jean Champeau (adjoint au maire à l’époque) expliquera quant à lui dans le Ouest-France du 6 octobre 2006 : « Les échéances sont fixées et le chantier devrait démarrer en 2007. Le salle de l’Avenir devrait devenir une salle polyvalente de quartier, utilisable conjointement et de façon ponctuelle par les écoles et associations. En projet, une salle de spectacle et un plateau technique, avec une ouverture sur la place Guérin. Ce projet s’inscrit dans le cadre plus vaste de la réhabilitation de l’immeuble et de la Zac Proudhon. »

Une belle leçon de politique : deux fausses promesses en une seule phrase !

Depuis ces déclarations, qui avaient sans doute satisfait de nombreuses associations et de fait arrêté la mobilisation autour de la salle de l’Avenir, c’était le silence radio du côté de la mairie, jusqu’au 7 septembre dernier, où les riverains ont eu la surprise de recevoir un courrier de la mairie leur annonçant la tenue d’une réunion où la société SNC Lamotte leur présenterait « un projet de construction d’un immeuble de 31 logements sur un terrain donnant sur la rue Bugeaud au numéro 20 ».

Du déjà vu : l’immeuble Proudhon !

L’histoire de l’Avenir n’est pas sans rappeler le destin de son voisin l’immeuble Proudhon, qui accueillait lui aussi depuis des décennies l’activité de nombreuses associations. Le bâtiment ayant été jugé trop vétuste en 2012, les associations furent forcées de quitter les lieux une à une, avec la promesse de la mairie d’y être réintégrées. Mais avant même la fin de l’année, la nouvelle avait été annoncée par la mairie au cours d’une réunion publique [2] : l’immeuble ne serait pas rénové en vue de réintégrer les associations mais revendu au groupe CIRMAD pour la somme de 53 574€, puis racheté par Brest Métropole Habitat après sa réhabilitation en résidence pour sénior de 40 appartements et la réalisation d’une extension de 17 logements sociaux, cette fois pour 7,5 millions d’euros. [3]

Une méthode qui semble devenir un classique de la mairie de Brest : promettre dans un premier temps que les associations seront relogées dans des locaux rénovés, afin de les faire partir sans trop de remous et préserver la précieuse paix sociale chère à la mairie, puis dans un deuxième temps présenter publiquement un projet déjà bien ficelé, en prétendant que la discussion reste ouverte, alors qu’en réalité la seule discussion possible reste dans les bornes définies par la mairie.

« Aujourd’hui, l’objet est de vous présenter le projet de restructuration et d’extension de l’immeuble Proudhon au sein de la Zac Saint-Martin. Nous aimerions que le débat qui suivra concerne ce projet. » [4]

Tout est dit, la discussion est possible, mais uniquement si elle va dans le sens du projet : on veut bien écouter ce que vous avez à dire, mais seulement quand cela concerne des détails insignifiants, comme la couleur du tramway ou le nom de ses arrêts. Peut-être avec un peu de chance la mairie nous laissera cette fois choisir l’enduit du mur de Guérin ! A quoi peuvent donc bien servir ces réunions publiques, si ce n’est donner un verni de « gauche » à la mairie socialiste ?

L’histoire ne se répétera pas !

Nous avons bêtement perdu la bataille de l’immeuble Proudhon mais nous n’avons sûrement pas perdu la guerre. Il suffit d’avoir passé un peu, ou beaucoup de temps dans Saint-Martin ces derniers jours pour le comprendre : la pilule est dure à avaler pour les habitant-es du quartier. Il y a déjà des pétitions qui circulent dans tous les commerces et des collages dont la mairie a bien du mal à cacher l’existence ; même dans les discussions au coin de la rue ou aux terrasses des bars il est question du projet immobilier… Dans le quartier Saint Martin l’heure n’est pas à la résignation, et la résistance face au projet Lamotte s’organise.

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